Que ce soit dans les séries bretonnes où elle met en scène de jeunes gens dans la nature, dans les séries indiennes où elle fait poser les habitants d’un village, à la frontière du Bangladesh, ou lorsqu’elle photographie des compagnons d’Emmaüs dans des costumes fantasques, il s’agit toujours de transfigurer le réel et nous plonger dans un temps arrêté, imaginaire et imaginé. En janvier 2019, elle expose sa série Narcisse au Carré Amelot. En 2021, une nouvelle exposition y sera présentée, avec de nouvelles photos, réalisées sur le territoire rochelais.

Dans cette nouvelle série, la photographe met en scène histoires, mythes et personnages, dans un lieu qu’elle découvre et explore au cours d’un mois de résidence.

 

L’exposition En été est la continuité de Narcisse, série photographique présentée dans la galerie du Carré Amelot en 2018.
Cette suite nous montre le résultat d’une résidence sur le territoire de la Charente-Maritime durant la période estivale en 2019.
Est-ce vraiment une suite ? Peut-on parler de suite dans un travail artistique ou plutôt d’une remise en question du travail permanente ? 

Il y a des éléments coutumiers du travail d’Élodie Guignard – un modèle mis en scène dans un décor choisi, l’intemporalité des images – mais ici la douceur de l’eau a été remplacée par l’aridité de la vase, plus coutumière sur notre côte en été. L’absence d’une eau limpide ou translucide, le jaune du paysage opposé au vert : la sérénité du premier travail laisse place à la sérendipité de l’artiste. La lumière d’ici, les couleurs du littoral ont transformé le lien entre le corps et l’eau.

Des positions de corps plus anguleuses, des photographies de paysages existant par eux même, des superpositions d’images, le choix du noir et blanc et la taille des images : Élodie élargie sa recherche en augmentant son vocabulaire photographique. Le choix du paysage non pas pour sa singularité mais sa palette de couleur ou son graphisme. Chaque personne est un élément de ces paysages, soit par la couleur soit par la superposition des prises de vue. Le noir et blanc renforce la diversité des textures et le corps devient un élément intégré. Les images ne sont plus une série linéaire mais un ensemble de pièces de tailles diverses qui s’équilibrent et dialoguent sur les murs pour créer des histoires à imaginer. Comme disait Oscar Wilde : « Faire la description exacte de ce qui ne s’est jamais produit n’est pas seulement la véritable occupation de l’historien, mais l’inaliénable privilège de toute personne possédant talent et culture. »

Ce second chapitre est à découvrir jusqu’au mois de juillet dans la  galerie du Carré Amelot.

Pascal Mirande

 

En savoir plus :

Diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles avec les félicitations du jury, Élodie Guignard vit et travaille entre Rennes, Paris et Calcutta.

Elle développe une recherche photographique sur l’humain, le corps et le territoire.
http://www.elodieguignard-photo.com/